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SOS Hommes Battus

Hommes victimes : quel impact sur les enfants ?

7 Janvier 2013, 14:00pm

Publié par SOS Hommes Battus

Avant même d'envisager les impacts des violences conjugales sur les enfants, il faut rappeler à tous les hommes "battus" quatre choses dont ils n'ont souvent pas conscience :

 

- les enfants, même non visés par les violences, sont VICTIMES des violences conjugales au même titre que vous.

 

- il est faux de croire que les enfants ne voient pas, n'entendent pas, ne savent pas que vous êtes victimes et qu'il existe de la violence dans le couple. Les enfants sont toujours au courant de tout.

 

- l'enfant pense toujours qu'il est une des causes des violences parentales.

 

- la détresse de l'enfant ne cesse pas lorsque cesse le conflit, l'enfant reste dans un stress négatif et sur le qui-vive s'attendant à ce que la "scène" recommence.

 

Enfants et violence

 

 

Les violences conjugales commencent souvent de bonne heure dans la relation de couple. Souvent la victime n'en n'a pas conscience et reste dans son déni. Puis viennent des situations qui vont faire qu'à la fois le rythme d'apparition et l'amplitude des violences s'accroissent. Nous avons identifier deux situations, la principale, la naissance du premier enfant et la seconde, la perte de revenus par le partenaire.

 

Les violences passent alors un cap. Elles s'intensifient. L'homme est poussé à bout, rejeté en tant que père et le passage vers les violences physiques s'effectue. 

 

C'est donc dès la grossesse ou dès sa naissance que l'enfant est confronté aux violences conjugales de la mère sur le père.

 

L'enfant encore dans l'utérus de sa mère subit ses colères, ses angoisses et son stress négatif. Chez la femme violente dans son couple, l'enfant est rarement rejeté mais il est instrumentalisé avant même sa naissance. Il "sert" un projet soit individuel d'accroissement de l'estime de Soi ("je suis capable de devenir mère moi aussi comme les autres") soit un projet d'harponnage du père ("si tu pars tu ne verras plus ton enfant").

 

On pourrait penser que l'arrivée du nouveau-né serait un moyen de faire baisser les tensions dans le couple et de faire cesser les violences. Bien au contraire, sa naissance permet d'installer définitivement les violences sans risque de réponse de la victime, le père se retrouvant dans l'obligation de subir s'il veut garder le contact avec son enfant ou pire s'il veut le protéger des violences directes de la mère. Cet enfant en est réduit à tenir un rôle d'affirmation de l'estime de soi de sa mère, s'il n'est pas objet d'affection, il devient l'objet de l'emprise. Emprise sur l'enfant, emprise sur le père. D'autant que la naissance de l'enfant, créant de nouvelles obligations et responsabilités, accroit les tensions et les conflits au sein du couple.

 

Même si le nouveau-né ne comprend pas les situations violentes, il ressent des tensions et des angoisses. Les tout-petits n'ont même pas la possibilité d'aller se cacher ou de quitter la scène violente, ils sont totalement dépendants des adultes en conflit pour être mis à l'abri.

 

Désormais les violences psychologiques (harcèlement, humiliations, menaces...) sont devenues multiples au quotidien, les violences physiques sont présentes. Or un tout jeune enfant confronté de façon indirecte à la violence montre plus facilement de la détresse lorsque des adultes haussent le ton même en situation non violente.

 

Pendant ses 3 premières années de vie, l'enfant va chercher à être protégé, il va chercher un "attachement" sûr et fiable. C'est le temps des grands apprentissages des relations sociales en intégrant les modèles qu'ils voient autour de lui. Or les violences conjugales empêchent ces apprentissages et l'acquisition de la sécurité affective. L'enfant est sans cesse en alerte, l'environnement peut l'angoisser et il va avoir tendance à ne pas chercher à explorer le monde et à se renfermer sur lui-même. Il apprend que pour résoudre un conflit on ne peut passer que par la violence. Il ne supporte pas la frustration et réagit violemment face à elle. Mais contre toute attente, il va se rapprocher de la personne violente car il va chercher à aller vers la personne la plus forte psychologiquement, or le parent victime s'épuise et s'affaiblit. C'est ce groupe d'âge tout particulièrement qui tend à se rendre responsable des conflits parentaux.

 

Dès l'âge de l'entrée en maternelle, les effets internes deviennent visibles de l'extérieur. L'enfant comprend ce qui se passe et les conséquences des conflits pour chacun de ses parents. Le sentiment de justice est très fort et il pense que ce que subit son père est mérité. Les acquisitions scolaires sont difficiles car la famille est axée sur l'évitement et la résolution des conflits plutôt que sur la valorisation de l'enfant. La violence est perçue comme un gage de réussite et des stéréotypes sociaux font leur apparition avec les notions de femmes dominantes et agresseuses /hommes dominés et victimes. C'est néanmoins la période où apparaissent des troubles du sommeil car l'enfant guette les bruits et s'inquiète pour son père et pour lui.

 

Dès la pré-adolescence, les jeunes sont demandeurs d'autonomie mais restent avides de conseils et de sécurité. Certains découvrent que la violence au sein du couple parentale n'est pas le vécu des autres adolescents. Or l'adolescence est un âge d'intégration social et d'envie de ressembler au groupe. L'ado va donc soit s'isoler soit s'inventer une famille "normale". L'adolescent qui a grandit dans une ambiance de violences conjugales va être matûre, il va prendre la place des parents auprès de ses jeunes frères et soeurs afin de les protéger de la violence, mais lui-même continuant à subir il peut fuguer ou avoir des comportements à risques (prise de drogues) afin de tenter d'échapper à la violence. Avec le temps, l'adolescent prend conscience du vécu de la victime et peut se retourner contre la personne violente en prenant partie pour la victime mais aussi en s'opposant à la personne violente, l'ado prenant un rôle parental. Dans ses relations avec le monde extérieur, l'adolescent va avoir désormais tendance à investir des comportements soit d'agression soit de victimisation.

 

Aujourd'hui aucune étude ne s'est penché sur les différences réactionnelles entre les filles et les garçons, mais on peut fortement penser que le sexe joue un rôle important dans l'impact des violences conjugales surtout lorsque l'enfant est du même sexe que la victime.

 

 

En conclusion, qu'ont acquis ces enfants ?

 

- une image masculine négative et une image maternelle insécuritaire

 

- une perception d'eux même négative (surtout si c'est un garçon car la mère dénigre son compagnon mais aussi tous les hommes)

 

- les enfants sont isolés et pensent que la violence dans le couple est normale

 

- le monde extérieur est plus rassurant que le cercle familial, ce qui va amener à l'adolescence à des prises de risques accrues

 

- les hommes sont perçus comme des êtres inférieurs à dominer

 

- toute relation basée sur la violence semblera normale et la victimisation des personnes sera banalisée

 

- tout désaccord entre deux personnes est générateur de stress car il a été appris que cela ne peut que dégénérer en violence

 

- incapacité à dire "non" car cela peut générer un retour violent

 

- qu'il vaut mieux être du côté du "fort" même s'il a tort

 

 

Les violences conjugales au sein du couple façonne les réactions au présent de l'enfant et futur de l'adulte en devenir. L'enfant doit être informé qu'il n'est en rien responsable de ce qui se passe entre ses parents. Il doit être rassuré aussi sur l'amour qui lui est porté par ses deux parents. Les pères victimes restent souvent pour protéger leurs enfants, mais ils peuvent quitter le domicile conjugal avec leurs enfants si nécessaire (faire une main-courante au commissariat). Ne croyez pas que vous avez le temps et que c'est seulement lorsque l'enfant pose des questions qu'il prend conscience de la violence existant entre les parents, c'est dès le commencement qu'il sait, subit et est victimisé à son tour. Et n'oubliez pas : les études anglo-saxonnes montrent que dans 60 % des cas la personne violente s'en prend aussi aux enfants présents au domicile conjugal. La violence indirecte risque fort de devenir directe. 

 

 

Sylvianne Spitzer

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christopher Treadwell 15/03/2013 19:32

Comment brisé le cycle ,quand les ados copie une mère violente sur le père,Le père encaisse les coups car c'est ses enfants et ne veut pas leurs faire de mal quel refuge disponible pour éviter le
drame.

SOS Hommes Battus 16/04/2013 19:59



Les enfants se rangent du côté de celui qui leur parait "fort". Ils préfèrent être agresseurs qu'agressés, comme on peut le comprendre. Mais en ne répondant pas, ils apprennent qu'ils ont le
droit de le faire. Si un homme accepte le fait d'être violenté par sa femme, il donne déjà une image destructurée de l'homme dans sa masculinité. Pourquoi respecteraient-ils leur père puisque sa
compagne ne le fait pas et que de toute façon cet homme (le père) se laisse faire ? Bien sur il ne s'agit pas d'être dans la violence en retour, mais bien dans l'éducation et l'obligation de
respect. Cela veut sans doute d'abord se respecter soi même en refusant de vivre avec une femme violente. Même si cela est difficile, sachez qu'il est possible de déposer plainte contre ses
enfants, de faire constater les coups aussi et de demander une enquête sociale afin que quelqu'un de l'extérieur vienne s'immiscer dans la boucle de la violence.



pat 08/01/2013 08:34

bonjour j'ai assisté il y quelques temps a une conférence de Karen Sadlier de l'institut de victimologie sur les conséquences de la violence conjugale sur les enfants. J'ai été sidéré de voir que
seuls les effets de la violence des hommes sur les femmes étaient évoqués et étudiés....car "la violence des femmes sur les hommes n'existe quasiment pas"

SOS Hommes Battus 20/01/2013 13:53



Nous allons les contacter, ce type de sexisme indirect est inadmissible.



Nicolas Jacques 07/01/2013 19:02

Ayant quitté le domicile conjugal lorsque mon fils avait à peine 6 ans, la conclusion de l'article me fait frémir. J'espère que le lien entre sa mère et lui est suffisamment sain et fort pour
éviter la conclusion...
Tout l'article me semble vrai et très pertinent. Cependant, mon fils a bientôt 8 ans et ses résultats scolaires sont excellents et son ouverture sur le monde semble bonne (de l'avis de mes
amis).
Une chose m'inquiète cependant : même après de nombreux jours passés sans voir sa mère, il formule son envie de rester avec moi. Mais hélas, que faire ? Le jour où la justice donnera des droits aux
pères semblent ne pas être encore venu :-/
P.S.: petite précision : la violence a démarré lorsqu'il avait 4 ans...

SOS Hommes Battus 20/01/2013 13:52



Et oui, il y a toujours des cas atypiques. Le fait qu'il veuille rester avec vous ne veut pas dire qu'il n'est pas bien avec sa mère, peut être simplement qu'il ne vous voit pas assez. Peut être
aussi du coup n'avez vous pas la même relation à lui : lorsqu'on voit peu ses enfants on a tendance à être plus gentil, plus laxiste, plus généreux... Comment avoir envie de punir, de sermoner
lorsqu'on ne passe que quelques heures ensemble ? Vous avez sans doute le beau rôle.


Si votre fils va bien c'est peut être que votre ex, bien qu'en conflit avec vous, a réussi à ne pas impliquer votre fils dans "l'aventure". Ce n'est pas parce que les adultes ne s'entendent pas
que les enfants doivent être instrumentalisés ou être formatés négativement.


Les enfants ont besoin des deux rôles parentaux. La justice ne fait pas de cadeau, mais la psychologie n'est pas son fort. On demade au juge de se pencher sur le cas des parents "excentrés" mais
ce n'est pas son rôle. Si encore il pouvait appliquer le droit sans discrimination, on ferait déjà un grand pas en avant.